Sylvie

Manifeste du Collectif Cévenol de Femmes Gilets Jaunes
Rendez vous le Jeudi à midi au marché de Besseges.
Le Collectif Cévenol de Femmes Gilets Jaunes veut agir sur notre quotidien, sur notre territoire, ici et maintenant !
Bien sûr que nous voulons que la royauté cesse de nous ponctionner, de nous discriminer, de nous aliéner, mais nous ne voulons pas de l’argent des banquiers en échange d’une vie à genoux, d’un servage à vie ! Nous voulons simplement vivre, pas seulement survivre, nous ne sommes pas des chiffres dans des bordereaux ni des données algorithmiques, nous voulons choisir ce qui nous convient et ce qui fait du bien, à nous, à nos familles, à nos villages, à nos villes, à notre pays et à la planète ! Nous voulons du travail qui ait du sens et de la décence, un travail qui ne produise pas n’importe quoi n’importe comment. Nous voulons un travail qui ne détruit pas des vies, ne nous rend pas malade, ne nous suicide pas, un travail qui ne saccage pas nos forêts, nos rivières, nos collines ni n’anéantisse la faune et la flore sauvage. Nous ne voulons pas nous occuper de nos aînés, de nos petits, des blessés et des réfugiés de nos vies, des handicapés, des malades et des personnes fragiles à coups de lance-pierre et de maltraitances. Nous voulons vivre et travailler sans commettre des actes qui nous contraignent à l’exploitation de plus pauvres que nous, ici ou à l’étranger où la richesse, la santé et la vie des plus vulnérables sont pompés et dilapidés.
Et d’ailleurs nous ne voulons pas que du travail, nous voulons du temps libre, du temps rien qu’à nous et à tout ce que nous chérissons. Notre liberté de mouvement n’est pas que la liberté d’être transporté, notre liberté, c’est de refuser l’accélération et l’embrigadement vers l’effondrement et d’inventer de vraies vies humaines.
Nous habitons un territoire rural abandonné après avoir été saccagé par des décennies d’extraction minière, pollué par des générations qui ont troqué leur autonomie et leur vitalité pour la servitude au confort de la modernité et les mirages d’un matérialisme effréné. Aujourd’hui, ce confort tentaculaire est assis sur des montagnes de détritus et de poisons qui affectent nos enfants, et affecteront les générations à venir de manière irréversible. Le capitalisme, la techno science et l’industrialisation de nos vies n’ont fait qu’entraîner une déshumanisation de plus en plus grave en délitant les solidarités humaines et le sens même de l’unité du vivant et de notre dépendance à la terre. Chaque fois que nous payons de nouvelles taxes, nous cautionnons la prolifération de la marchandisation du monde, nous nous enchaînons un peu plus à un engrenage qui, sous prétexte de croissance, massacre l’ensemble du Vivant. Parallèlement à l’épuisement des ressources de la terre, ce système s’attaque à nous, en épuisant, blessant, empoisonnant et mutilant nos corps et nos esprits, car pour ces gens là-haut, nous ne sommes rien, que des masses à asservir par tous les moyens.
De même que ce système s’attaque à la nature, il s’attaque en particulier aux femmes parce que nous avons un pouvoir de reproduction nécessaire au renouvellement et à l’entretien de leurs sources de profit : nous assurons les services nécessaires à la reproduction sociale du système dans les usines, les boutiques, les ateliers, les champs et les jardins, les hôpitaux, les administrations, les services, du privé ou du public, nous mettons au monde des humains irrationnels capables du meilleur et du pire, nous nourrissons et éduquons nos enfants de plus en plus difficilement, accomplissons les tâches ménagères, rémunérées par personne mais incontournables pour que tout continue à tourner. Nous vivons l’injonction paradoxale d’une société qui nous ignore : on attend de nous que nous travaillons comme si nous n’avions pas d’enfants et que nous élevions nos enfants comme si nous n’avions pas de travail ! Mais voilà que nous ne voulons plus avoir affaire à ces voleurs, à ces menteurs, à ces assassins, nous voulons créer entre nous de nouvelles façons d’exister sans avoir à éliminer ou asservir son voisin !
Alors, si ces millions de femmes s’arrêtent, c’est toute la société qui s’arrête !
Nous ne serons plus jamais simplement des femmes précaires qui galèrent. Aujourd’hui, nous sommes des femmes en colère, révoltées, qui se battent pour qu’un avenir puisse encore exister. Et cette expérience de lutte, une répression inique et disproportionnée qui s’abat aveuglement sur des innocents, la solidarité renouée, le soutien de la population, nous marquera probablement à vie. Lorsque les femmes rentrent dans la bataille de manière aussi déterminée, c’est le symptôme d’un mal-être et d’un mécontentement aux racines profondes.
Alors, soyez-en certains, notre révolte et notre contestation sociale n’est pas prête d’être rencardée !